Jacques Parisse, L’art à la parole, éditions Mardaga, Liège, 1978

Jacques Parisse, L’art à la parole, éditions Mardaga, Liège, 1978

Rome

I RTB, 26 mai 1977
Recourir à la biographie pour tenter d’expliquer l’oeuvre d’un artiste n’est pas sans risque” l’humilité des Testaments de Villon est contredite par l’audace de ses mauvais coups, Jean-Jacques Rousseau a pu édifier un généreux système pédagogique et, dans le même temps, pressé par la misère, confier à l’Assistance publique les enfants qu’il avait eus de son amie blanchisseuse, Flaubert a pu dire «Madame Bovary c’est moi ». Mais rien n’est moins sûr!
Et pourtant aujourd’hui, dans le cas qui nous occupe et qui est celui de Jo Rome qui exposera, à partir de demain, à la galerie Valère Gustin, il nous faut bien évoquer un événement tragique qui a marqué profondément la série de ses œœuvres récentes. Ce qui tend à prouver qu’il n’y a pas de règle sans exception.
De la cave au grenier, à Horion-Hozémont, il y a moins d’un an, la maison de Jo Rome flamba. Dans le gigantesque incendie tous les souvenirs d’une vie de plus de 35 ans disparurent: traces de l’enfance, bibliothèque, centaines de dessins, sculptures en polyester, une dizaine de toiles récentes. Sans oublier le vieux chien fidèle. Jo Rome a été marqué mais c’est le privilège des artistes d’exorciser leur peine par leur art et de signifier, de retrouver dans l’expression plastique toute une longue tranche de vie réduite en cendres. Du drame donc Jo Rome a fait œœuvre. La matière première de l’exposition est avant tout dans les souvenirs appuyés sur quelques dessins anciens, sur des photographies roussies, raccornies, virées au brun.
Un fragment entraîne la mémoire dans des sursauts, des bonds en avant, des retours auxquels Proust souverainement nous a introduits. Découpées, morcelées, utilisées en collages, réunies par le dessin, soutenues par des rehauts de couleur et par le support d’aluminium qui fait miroir et ajoute un visage d’aujourd’hui, les reliques prennent dans les collages/dessins de Jo Rome un poids, une présence sentimentale qu’elles n’avaient pas jadis. Elles sont comme purifiées par le feu, rendues symboliques par leur disposition. Ces collages/dessins sont devenus non seulement des œœuvres mais des itinéraires mentaux, les notes pour une introspection de l’auteur qui a ainsi, poussé par l’événement, été appelé à se dévoiler.
Toute l’oeuvre de Jo Rome d’avant l’incendie témoignait de sa générosité, de sa perméabilité à la souffrance de l’homme.
Souvenons-nous du mur aveugle de la prison et de l’enfant sur sa balançoire, de l’enfant serrant son chat dans ses bras dans l’immensité dangereuse de l’autoroute, de la classe des petits, de la chambre d’hôpital. Aujourd’hui Jo Rome parle de lui-même comme si l’incendie qui détruisit sa maison natale le forçait à tourner la page et à prendre un nouveau départ.
(Galerie Valère Gust!n, Liège) voir pp. 249, 294.

Traces

Chronique RTBf, février 1974
Ils sont cinq* et se sont constitués en groupe qu’ils ont appelé «Traces». N’est-ce pas, en effet, l’ambition de tout créateur que de laisser par l’œuvre la trace d’un passage…

[…] Jo Rome à travers ses toiles qui se prêtent à plusieurs lectures fait passer un message de tendresse et d’angoisse voilée : un enfant serrant contre lui son chien est cerné par les voitures bruyantes. On pense à la solitude d’Umberto D, le pitoyable héros de Vittorio de Sica que son chien, son seul compagnon, retient encore à la vie. Jo Rome est sensible à la douleur anonyme. Il nous parle de tout cela en faisant alterner dans sa peinture des passages brossés et d’autres très finis, hyperréalistes peut-être. […]

* Beunckens Frédéric, Debatty Georges, Musin Maurice, Pijpers Rudy, Rome Jo.

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